Parler des Yes men, c’est parler des documentaires que nous lâchent les USA
depuis quelque temps, une mode qui n’est pas en passe de s’essouffler. Et
ceux qui parviennent à traverser l’Atlantique partagent immanquablement
la même caractéristique: gauchisant (le terme est libéral,
aux USA), critiquant le système, dénonçant la pauvreté
étasunienne et mondiale, rejetant le mode de gouvernement du
président George W. Bush. Parler des Yes men, c’est dans un premier
temps emprunter le chemin de traverse nommé Michael Moore.
Une clique de documentaristes critiques de leur propre pays s’est réunie
au fil des années autour du désormais fameux Michael Moore,
le premier à avoir eu du succès dans les années 1990,
en attirant l’attention des médias sur les injustices sociales que
subissent ses concitoyens. Pour cela, caméra au poing, Moore parcourt
inlassablement son grand pays, visitant sa petite ville natale (Flint), les
mégalopoles, et faisant parfois quelques brèves incursions
au Canada (pour réaliser sa seule fiction à ce jour, mais aussi
pour tenter de démontrer que les Canadiens sont naturellement plus
pacifiques que les Etasuniens).
Encombré d’un manque de bagage intellectuel, privilégiant
l’émotion à la réflexion, Moore a été
attaqué de toutes part, bien que principalement aux USA. Car c’est
avec l’arrivée de Bush au pouvoir que Moore a pris de l’ampleur en
Europe. La guerre en Irak, avec son documentaire consacré -
Fahrenheit 9/11 - a propulsé Moore
au panthéon des Etasuniens respectables: adulé dans les milieux
associatifs et alternatifs depuis quelques années déjà,
il a très rapidement dépassé un cercle traditionnellement
acquis à ce type de discours pour être cité, commenté,
aimé parmi tous les Européens opposés à
l’administration W. Bush, c’est-à-dire... 95% de la population
européenne...
A tel point que beaucoup ont oublié que Moore - au contraire de Chomsky,
pour citer le critique le plus connu - n’est pas un intellectuel, mais un
dénonciateur. Qu’il n’est pas porteur de vision d’avenir, mais fait
seulement office de thermomètre indiquant qu’une température
trop élevée a été atteinte. A la manière
d’une ampoule vous empêchant de marcher, sans résoudre le
problème des chaussures, Michael Moore signale que la distance parcourue
est déjà trop longue.
Moore cristallise la critique très médiatisée qui prend
forme depuis une quinzaine d’années aux USA. Il était donc
normal que viennent graviter d’autres réalisateurs, désireux
de rentrer dans le lard: de manière littérale, c’est Morgan
Spurlock et son Super size me. Mais c’est aussi les Yes
men, soit Mike Bonanno et Andy Bichlbaum, deux hommes qui se mettent en
tête de parodier l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en créant
un website réplique de celui de l’organisation:
www.gatt.org.
WTO- OMC
Dans une approche très “moorienne” (on tourne en dérision
ceux que l’on combat, l’humour est omniprésent, pas de projet d’avenir
présenté, on se restreint à la critique), les deux
compères parcourent le monde pour donner des conférences sur
l’OMC. Car le site Web mis en place est source de nombreuses invitations,
des webvisiteurs ayant oublié que le GATT a fait place à l’OMC
en 1995 déjà. La parodie devient source de farce, lorsque Bonanno
et Bichlbaum présentent à une assemblée un appareil
pouvant permettre au patron de demain de vérifier la productivité
de ses employés au moyen d’un appendice énorme... qui a toutes
les caractéristiques d’un sexe démesuré sur
électrodes.
Amusant, mais on ne sait même pas à qui s’adressent les deux
acolytes. Car sous prétexte de dénoncer la gestion irresponsable
de l’OMC, ils s’apesantissent lourdement sur la passivité de leur
auditoire; quel intérêt, si l’on ne connaît pas sa composition
? Est-il formé de décideurs, ou de quelconques cadres qui ne
pourraient pas prendre toute la mesure des horreurs proférées
?
Les documentaires satellites de la lune Michael Moore ont le même
intérêt que l’astre lui-même: ce n’est pas la rigueur
des recherches, ni celle des solutions proposées qui captent l’attention.
Non, c’est l’humanisme de tous ces gens, dont les réalisations sont
froidement accueillies aux USA. C’est le courage de ces hommes, qui bravent
par tous les temps un certain confort de pensée, montrant sans
relâche les exclus du système, chaque année plus nombreux
dans leur pays. C’est une opposition frontale au pouvoir qui n’a rien d’un
romantique combat, mais a pour but au contraire de solliciter une nouvelle
bienveillance envers les démunis.
Flyer contre l’OMC
Mais autant l’avouer,
the Yes men sonne creux, s’en prenant
à l’OMC comme si l’organisation était souveraine et imposait
sa propre volonté à ses membres. Abattre l’OMC, c’est abattre
le chantre du libéralisme inégal, semblent dire les Yes men.
Les choses sont en réalité bien plus complexes: l’OMC, tout
comme le GATT avant elle, n’est que le résultat de la volonté
de ses Etats membres, ce n’est qu’un traité instituant un lieu de
discussion permanent. Si aujourd’hui les textiles et les produits agricoles
ne sont pas soumis aux mêmes règles libérales que
celles en vigueur sur les échanges financiers ou de haute technologie,
c’est parce que certains membres de l’OMC refusent d’ouvrir leurs marchés
et de faire cesser leurs subventions. Mais ce ne sont pas les règles
originelles de l’OMC qui sont en cause... puisque l’OMC n’est que le reflet
des rapports de force inégaux mondiaux. L’OMC n’a pas de puissance
suffisante pour faire pencher la balance vers les pays pauvres, justement
parce que ce n’est pas un organisme autonome. Il est donc consternant de
voir, sans arrêt, des attaques sans fondements continuellement
dirigées vers l’OMC. Alors qu’il y a bien d’autres reproches à
lui faire, mais passons.
Une recherche plus poussée aurait permis de prendre conscience de
cet état de fait, et de corriger cette erreur trop commune. Elle est
donc d’autant plus impardonnable que le documentaire fait reposer
tout son argumentaire sur l’idée que l’OMC est l’organisme à
la source de la pauvreté dans le monde, alors que c’est la politique
des membres de l’OMC qui est condamnable. Ce qui revient à s’en prendre
aux nations, qui rétorqueront qu’elles ne font que défendre
les intérêts de ceux qui ont élu les dirigeants...
Alors oui, les documentaires de Moore & cie sont parfois peu
documentés, tirant sur l’affect. Soit, je ne m’attendais pas à
des découvertes fondamentales en voyant les Yes men. Mais autant je
comprends que, guidés par l’envie de changer les choses, aveuglés
par la souffrance qu’on peut côtoyer quotidiennement, sous nos latitudes
ou ailleurs, on veuille foncer pour crier toute l’injustice, autant je ne
comprends pas la vindicte, la cabale parfois, déclenchée autour
de Moore et de ses complices. Des critiques totalement déplacées,
n’ayant pour but que de décrédibiliser la sincérité
de ces réalisateurs, comme s’ils étaient les hommes à
abattre. Des attaques qui, si elles viennent des gouvernements, sont
compréhensibles; mais comment les comprendre lorsqu’elles émanent
de citoyens simplement choqués qu’on ose s’en prendre à leur
gouvernement? Vouloir blâmer un système qui fabrique l’exclusion,
qui se durcit année après année, est-ce si condamnable
? Après tout, et avec ici beaucoup d’acuité, les Yes men voudraient
voir les règles d’échange se concentrer plus sur les droits
de l’homme que sur la rentabilité nationale; les anti-Moore le
comprennent-ils?
Entre ceux qui, par excès de zèle, prêchent naïvement
l’amour du prochain, et ceux qui, par excès de cynisme,
préfèrent vilipender les premiers, mon choix est fait.
Espérons que beaucoup de nouveaux satellites soient attirés
par la puissance de l’attraction “mooriesque”, et continuent -
indirectement - à donner la parole aux démunis.
Freedom from want par Elias (IP:xxx.x7.231.101) le 20 avril 2006 à 11H22 Bonjour Psykotik,
Votre
article est excellent et rappelle que Michael Moore n’est rien d’autre
qu’un provocateur, même s’il n’est pas dénué de talent.
Je
pense que sa vision du monde est inutilement manichéenne, et que d’une
certaine façon, il dessert la cause de la gauche libérale américaine,
dont je me sens proche.
Il est le symbole d’une
certaine forme d’hystérie, qui s’empare de certains "liberals"
américains, et qui est très similaire à celle de la droite religieuse
fanatique américaine (je parle de Robertson et Co., pas de Billy
Graham). Ceux là mangent bio, ne fument pas et organisent de grandes
cérémonies de détestation de George W. Bush, mais qui ont oublié les
principes fondateurs: "freedom from want", protection des droits
civiques et des libertés individuelles, justice sociale.
Ils
restent, comme tu le dis, dans la dénonciation, sans rien proposer. Ils
sont bien loin de leurs idéaux. Michael Moore ne fait que leur donner
une légitimité populaire qu’ils n’ont pas, en se proclamant tribun du
peuple.
> Freedom from want par Psykotik (IP:xxx.x86.229.19) le 20 avril 2006 à 12H05 Bonjour Elias,
Merci pour ta réponse!
"Je
pense que sa vision du monde est inutilement manichéenne, et que d’une
certaine façon, il dessert la cause de la gauche libérale américaine,
dont je me sens proche."
Je ne suis pas sûr qu’il desserve
vraiment sa cause; je crois qu’il a un rôle à jouer, que la provocation
peut être salutaire. Parfois, l’électrochoc est nécessaire...
"Ils restent, comme tu le dis, dans la dénonciation, sans rien proposer. Ils sont bien loin de leurs idéaux."
Là non plus je ne te suis pas non plus: ce n’est pas parce que tu critiques sans proposition d’avenir que tu es condamnable.
Il
est préférable, bien sûr, d’amener sur la table des projets lorsqu’on
s’en prend à l’establishement; mais ne pas savoir comment réformer
l’économie mondiale ne doit pas empêcher qui que ce soit de la trouver
injuste, en voyant le nombre de personnes qui restent sur le carreau à
cause d’elle.
Comme je le dis en conclusion, je
préfère de loin "ceux qui, par excès de zèle, prêchent naïvement
l’amour du prochain, [à] ceux qui, par excès de cynisme, préfèrent
vilipender les premiers". Je veux garder la tête froide, et critiquer
des mécanismes et des approches discutables; mais je ne discute en
aucun cas du bien-fondé de telles approches.
Je ne
crois pas Moore et Chomsky antinomiques, mais plutôt complémentaires...
même si ma formation, mon expérience tendent à me diriger vers le
deuxième:)
> Freedom from want par Elias (IP:xxx.x7.231.101) le 20 avril 2006 à 12H23 Lol.
Je suis bien d’accord sur le fait que Michael Moore a une utilité. Cracher dans la soupe n’était pas mon intention.
Ce
que je voulais dire, c’est que son existence est le symbole que la
gauche libérale américaine, comme la gauche française, d’ailleurs, n’a
plus de véritable idée, et s’est éloignée de ses principes. Son seul
objectif est le rejet.
La dénonciation n’est pas en
soi mauvaise. Mais elle finit toujours par lasser quand elle n’est
accompagné par rien.
Dès lors, il devient aisé de contrer son influence: Moore est devenu,
pour bien des personnes, un agitateur d’extrême gauche qui utilise une
certaine forme de démagogie. Son message est occulté.
Que
retire t-on des films de Moore? Nous voulons une alternative, axée sur
l’humain. Mais nous n’avons plus de ripostes concrètes face au TINA
("There is no alternative").
Le résultat: la gauche
modérée perds de son influence, parce qu’elle n’offre rien de nouveau
et qu’elle est assimilée à la seule dénonciation. Les extrêmes, par
contre, voient leur influence s’élargir, alors que leur discours
fragilise la démocratie.
> Freedom from want par Psykotik (IP:xxx.x7.133.71) le 20 avril 2006 à 14H32
"Que
retire t-on des films de Moore? Nous voulons une alternative, axée sur
l’humain. Mais nous n’avons plus de ripostes concrètes face au TINA
("There is no alternative").
Le résultat: la gauche
modérée perds de son influence, parce qu’elle n’offre rien de nouveau
et qu’elle est assimilée à la seule dénonciation. Les extrêmes, par
contre, voient leur influence s’élargir, alors que leur discours
fragilise la démocratie."
Suivant les jours, j’ai aussi
tendance à penser cela. Mais d’autres jours, lorsque je ne vois que
passivité et protection des acquis parmi mes congénères, je pense que
le travail de Moore & Cie n’est pas si inutile.
> Freedom from want par Elias (IP:xxx.x7.231.101) le 20 avril 2006 à 14H36 Lol
C’est
pourquoi les provocateurs sont utiles. Cependant, que leurs
provocations ne soient pas suivies d’effets (d’une prise de conscience
par la politique) est terrifiant.
> Yes men par dom (IP:xxx.x1.178.181) le 20 avril 2006 à 12H36 Il ne faut pas TOUT faire pour enterrer
une idée et se plaindre ensuite qu’il n’y a plus d’alternative,
simplement parcequ’on ne veut pas la voir.
> Yes men par Elias (IP:xxx.x7.231.101) le 20 avril 2006 à 13H15 Dom,
Mon propos n’est pas qu’il n’y a pas d’alternative, bien au contraire.
Il
est que la gauche a oublié ses principes de bases (dont j’ai fait
l’énumération) au profit d’une politique molle de dénonciation.
Le
problème de Moore, c’est qu’il est le symbole de cet état de fait. Ses
travaux servent de justification à une opposition molle ou a un
extrêmisme dangereux.
Nous avons, grâce à ses
documentaires, ainsi qu’à ceux de ses suiveurs, des exemples de la
souffrance, des injustices et des incohérences qu’engendrent la
situation actuelle.
Cependant, notre incapacité a y
réagir permet à une droite dure de nous culpabiliser, en nous accusant
de nous approprier des souffrances qui ne sont pas les notres, mais
celles d’honnêtes travailleurs, qui ont d’autres choses à faire. Ce qui
leur permet ensuite de négliger ces même travailleurs, sous prétexte
que l’ultra-libéralisme leur permettra de subsister. C’est quand même
épatant!
Résultat: M.Moore et consorts, qui ne sont
finalement que des provocateurs (même si la provocation est salutaire),
ne font que relayer des idées d’extrêmistes, plutôt que d’offrir une
alternative construite, en se fondant uniquement sur l’émotionnel.
La
gauche, française comme américaine, soit réaffirmer ses principes avec
force, sans pour autant tomber dans l’irrationnel extrêmiste. Ca ne
devrait pas être si dur. Réapproprions nous au moins cette philosophie
humaniste, au lieu de nous contenter de dire: votre politique crée de
la souffrance, elle crée des inégalités, elle obère le futur. Le reste
coulera de source.
> Yes men par Psykotik (IP:xxx.x7.133.71) le 20 avril 2006 à 14H26
"Réapproprions
nous au moins cette philosophie humaniste, au lieu de nous contenter de
dire: votre politique crée de la souffrance, elle crée des inégalités,
elle obère le futur. Le reste coulera de source."
Rien de particulier à ajouter, je voulais seulement mettre en exergue ces deux phrases lumineuses.
> Yes men par cadaveric (IP:xxx.x04.85.71) le 20 avril 2006 à 13H16 "Moore n’est pas un intellectuel",
déjà, à partir de là, je ne prends pas la peine de lire la suite de
votre article. Si vous préferez la vision d’un BHL (intellectuel
reconnu, quand bien même c’est un pitre) à celle d’un citoyen engagé
offrant au monde un point de vue informé malgré son abscence de
"bagages" c’est que vous êtes à côté de la plaque. Joyeuse masturbation.
> Yes men par Psykotik (IP:xxx.x7.133.71) le 20 avril 2006 à 14H29 Amusant:
BHL est pour moi tout autant un intellectuel que Moore. Mais il possède
en plus la caractéristique d’être un imposteur, car au contraire de
Moore, BHL se dit un intellectuel...
Bref, si tu ne
souhaites pas lire mon article, je ne sais pas pourquoi tu y réponds...
ou alors, à la manière des Yes Men, tu aimes critiques les choses sans
prendre la peine de savoir ce que tu critiques?
> Yes men par nantor (IP:xxx.x31.131.113) le 20 avril 2006 à 15H15 Article intéressant, merci Psykotic (pas trop quand même?)
Faut de tout pour faire un monde.
Moore est comme le dit l’article un thermomètre plus qu’un intello.
Sans
être trop trivial, le thermomètre a été enfoncé suffisament
profondément pour réveiller (un peu) les américains. Rien que pour ça,
vive le thermomète!
Après, il faut effectivement des analyses, contre-analyses, donc des intellos.
M’enfin, pas trop d’intellos quand même, ça pourrait à la longue être pénible et endormant.
> Yes men par Nicolas Voisin (IP:xxx.x00.144.42) le 20 avril 2006 à 17H12 "C’est pourquoi les provocateurs sont
utiles. Cependant, que leurs provocations ne soient pas suivies
d’effets (d’une prise de conscience par la politique) est terrifiant."
(commentaire de Elias)
> "Ces analystes, si
différents soient-ils, ont cependant un point commun: ils ne sont pas
sérieusement pris en considération par les élites au pouvoir" (extrait
d’un autre article (baudrillard) aujourd’hui en ligne:)
> Yes men par zoï (IP:xxx.x53.58.60) le 20 avril 2006 à 18H10 Si je résume le point de vue dominant:
il faut que Moore devienne enfin un clown sérieux. Fichtre! Qu’il est
parfois douloureux de parler d’humour...
> Yes men (IP:xxx.x8.16.241) le 20 avril 2006 à 18H55 Moore
peut/doit continuer son travail, par contre il serait bon que certains
plus qualifiés proposent des alternatives aux citoyens ainsi
"réveillés" par les commentaires du dit-clown. Ce n’est malheureusement
pas le cas ce qui a pour conséquence cette impression de lassitude que
laissent les dernières oeuvres de Moore.
C’est comme
pour d’autres actualités, les premières images révoltent, puis à force
d’absence d’évolution de la situation, les gens se désintéressent pour
enfin être exaspérés et presqu’en vouloir à ceux qui ont initialement
lancé le sujet.
> Yes men par shawford (IP:xxx.x9.17.96) le 20 avril 2006 à 18H37 Ton article est sympa mais il pêche par
trop d’inéxactitude et surtout d’amalgame: il y a en effet une
différence fondamentale entre Moore et les Yes Men: Moore n’est
effectivement qu’un trublion du système (qui a cependant le mérite de
dénoncer l’injustice et c’est déjà pas mal).
Pour les
Yes men, on est carrèment dans le domaine de l’action, laquelle prend
sa naissance dans l’imposture ou même plus exactement dans la
mystification. Or en ne citant que leur opération OMC, on passe à côté
de l’essentiel.
Pour illustrer mes propos je vais donc prendre deux autres exemples
En
premier l’affaire Bhopal. En clair fin 2004, ils se sont fait passés en
direct sur BBC WORLD pour des représentants d’UNION CARBIDE (groupe
industriel Américain responsable d’une catastrophe chimique qui a causé
en Inde -en 1984, plus de 20000 morts et qui maintient n’avoir aucune
responsabilité dans cette tragédie).
Ils annoncent alors l’entière responsabilité de cette Multinationale et
profitent de cette aubaine pour faire une critique acerbe de toute
l’affaire BHOPAL.
Dans les 23 minutes suivantes, le titre a perdu 4,2% à la bourse de Francfort.
Et là on voit toute la différence, ils ont eu un impact direct sur l’opinion, n’ont pas seuleument montré.
Et donc pas de provocation gratuite: un résultat direct et chiffrable.
En
second et sans m’étendre ils ont silloné toute l’Amérique en bus lors
de la précédente campagne présidentielle aux USA pour stigmatiser les
errances du premier mandant de Bush, ils ne se sont pas contenté de
faire un film (ou bien à postériori pour faire parler de leur action).
Alors please, ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes.
Et
surtout derrière les impostures des Yes Men, se préfigure les débats
fondamentaux sur la société de l’information, entre info vérité et info
intox, entre manipulation des masses et prétendue info labellisée (voir
pour cela les projets de RDDV sur les blogs par exemple: exemplaire et
démonstratif des horreurs qui nous attendent)
Ayons les yeux ouverts et par avance aux censeurs et "pisse froids", renseignez vous avant de me commenter
> Yes men par Psykotik (IP:xxx.x7.133.71) le 20 avril 2006 à 19H17
"Ton article est sympa mais il pêche par trop d’inéxactitude et surtout d’amalgame "
Que
tu réfutes l’amalgame moore-yesmen je le conçois (et je vais t’y
répondre), mais j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon
texte. Car je pense (et je veux) en rester aux faits, moi qui critique
le manque de documentations des moore et Yes Men.
"il
y a en effet une différence fondamentale entre Moore et les Yes Men:
Moore n’est effectivement qu’un trublion du système (qui a cependant le
mérite de dénoncer l’injustice et c’est déjà pas mal).
Pour les Yes men, on est carrèment dans le domaine de l’action[...]"
Je
me dois de te rétorquer que Moore a réussi quelques petits changements
autour de Wal-Mart, dans l’attitude de certains vis-à-vis des
syndicats, fais des conférences, anime un show, rencontre le PDG de
Nike, s’investit en politique, etc.
Sans vouloir
discuter de la réussite de ces actions (débat stérile à mon avis), je
ne vois pas de différence entre Moore et les Yes Men. Les deux veulent
choquer, les deux s’en prennent à l’establishement, les deux veulent
ouvrir les yeux de l’opinion publique.
Après, que tu
apprécies plus les actions des Yes Men, c’est un autre problème: mais
le mode opératoire me semble identique à celui de Moore.
"Ayons les yeux ouverts et par avance aux censeurs et "pisse froids", renseignez vous avant de me commenter"
J’aimerais
comprendre: j’attaque le travail des Yes Men, ce à quoi tu
rétorques"mais ils font pleins d’actions concrètes à côté, et n’ont
rien à voir avec Moore". Tu es donc d’accord avec ma critique sur la
qualité de leur travail?http://www.ikiru.ch/blog
> Yes men par shawford (IP:xxx.x9.17.96) le 20 avril 2006 à 20H29 "mais j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"
Elles
sont d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur
action: sur la méthode (l’imposture et donc le fait d’infiltrer une
organisation officielle et mondiale -sans avoir besoin de faire une
thèse sur la valeur propre de l’OMC et de l’auditoire en question) et
sur le but (t’imagines bien qu’ils ne pensaient pas convaincre cet
auditoire par leur démonstration par l’absurde; par contre nous
l’opinion et les citoyens on peut à travers cela se rendre compte que
l’on est pas si démunis face à ces "puissants").
D’autre part car en passant par un petit bout de la lorgnette on cache
parfois l’essentiel (et donc les autres exemples plus illustratifs
selon moi que j’ai cité).
On
va pas effectivement débattre sans fin sur le mode opératoire peut
être, mais il reste qu’il y a une grosse différence entre la mise en
spectacle (Moore), et la mise en "pratique" (les yes men: ils ne
prennent pas à temoin, ils se mettent à la place de)
Plus généralement et c’était le but de ma conclusion, ils répondent
selon moi mieux aux nécessités de notre temps car tout simplement ils
n’occupent pas théatralement le devant de la scène comme le fait Moore
qui finit par se confondre avec ceux qu’il dénonce (mais bon tu ne
sembles pas voir la nuance que j’ai voulu apporter dans le mode
opératoire, or c’est pour moi et d’autres commentateurs je crois assez
essentiel car en "taillant" simplement sa route, on discrédite
implacablement ces mêmes élites)
pour
le reste, je te perds un peu (tu ne reprends pas fidélement mes propos
avec ce "à côté") car leur imposture OMC a selon moi toute sa valeur
d’exemple aussi, je ne l’oppose en rien à leurs autres actions;
En
tout cas pas de problème je te rejoins sur la valeur de l’humansime qui
caractérise ces différents personnages, et je t’assure même au pasage
que je n’avais aucune volonté de démonter ton article; je te loue même
de parler de tout ça!!
Et j’apprécie de surcroît que
certain commentaires ouvrent plus largement les perpectives comme
Nicolas avec l’article de Baudrillard, tout cela j’espère dans une même
démarche constructive;-)
> Yes men par shawford (IP:xxx.x9.17.96) le 20 avril 2006 à 20H31 "mais j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"
Elles
sont d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur
action: sur la méthode (l’imposture et donc le fait d’infiltrer une
organisation officielle et mondiale -sans avoir besoin de faire une
thèse sur la valeur propre de l’OMC et de l’auditoire en question) et
sur le but (t’imagines bien qu’ils ne pensaient pas convaincre cet
auditoire par leur démonstration par l’absurde; par contre nous
l’opinion et les citoyens on peut à travers ce
> Yes men par Dominique L (IP:xxx.x94.189.14) le 20 avril 2006 à 19H01 Le problème de Michael Moore est bien
que ,comme vous le dites, il préfère "l’émotion à la réflexion". En
cela il fait du reportage télé "populaire" qui joue sur l’affectif au
détriment de l’analyse. Dégoulinant de bonnes intentions, il donne dans
le manichéisme ( comme Bush , sauf que pour lui l’Empire du Mal c’est
l’Amérique) et n’hésite à utiliser les procédés les plus racoleurs pour
rallier à sa vision des choses.
C’est pour cela qu’il
conforte l’anti-américanisme primaire , si prospère en France. En lui
décernant la palme d’or à Cannes , on lui a donné une récompense
politique pour son opposition à Bush et pas une récompense artistique
car son documentaire n’a aucun rapport avec le Septième Art.
> Yes men par shawford (IP:xxx.x9.17.96) le 20 avril 2006 à 20H38 "mais j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"
Elles
sont d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur
action: sur la méthode (l’imposture et donc le fait d’infiltrer une
organisation officielle et mondiale -sans avoir besoin de faire une
thèse sur la valeur propre de l’OMC et de l’auditoire en question) et
sur le but (t’imagines bien qu’ils ne pensaient pas convaincre cet
auditoire par leur démonstration par l’absurde; par contre nous
l’opinion et les citoyens on peut à travers cela se rendre compte que
l’on est pas si démunis face à ces "puissants"). D’autre part car en
passant par un petit bout de la lorgnette on cache parfois l’essentiel
(et donc les autres exemples plus illustratifs selon moi que j’ai cité).
On
va pas effectivement débattre sans fin sur le mode opératoire peut
être, mais il reste qu’il y a une grosse différence entre la mise en
spectacle (Moore), et la mise en "pratique" (les yes men: ils ne
prennent pas à temoin, ils se mettent à la place de) Plus généralement
et c’était le but de ma conclusion, ils répondent selon moi mieux aux
nécessités de notre temps car tout simplement ils n’occupent pas
théatralement le devant de la scène comme le fait Moore qui finit par
se confondre avec ceux qu’il dénonce (mais bon tu ne sembles pas voir
la nuance que j’ai voulu apporter dans le mode opératoire, or c’est
pour moi et d’autres commentateurs je crois assez essentiel car en
"taillant" simplement sa route, on discrédite implacablement ces mêmes
élites)
pour le reste, je te perds un peu (tu ne
reprends pas fidélement mes propos avec ce "à côté") car leur imposture
OMC a selon moi toute sa valeur d’exemple aussi, je ne l’oppose en rien
à leurs autres actions;
En tout cas pas de problème
je te rejoins sur la valeur de l’humansime qui caractérise ces
différents personnages, et je t’assure même au pasage que je n’avais
aucune volonté de démonter ton article; je te loue même de parler de
tout ça!!
Et j’apprécie de surcroît que certain
commentaires ouvrent plus largement les perpectives comme Nicolas avec
l’article de Baudrillard, tout cela j’espère dans une même démarche
constructive;-)
> Yes men par nacer (IP:xxx.x24.213.50) le 20 avril 2006 à 21H21 pour ma part je vous invite à lire cet article!
"The Yes Men": la guérilla altermondialiste armée de canulars
LE MONDE | 29.03.05 | 17h05 • Mis à jour le 29.03.05 | 17h05
ocumentaire américain de Chris Smith, Dan Ollman et Sarah Price (1 h 23.)
C’est
un réseau d’activistes altermondialistes bourrés d’humour et d’audace.
Héritiers des situationnistes et de Fluxus, les Yes Men cultivent un
art raffiné de l’imposture qui leur permet d’infiltrer les médias les
plus puissants et d’y livrer une guérilla musclée. Vingt ans après la
catastrophe écologique du Bhopal qui fit 20 000 morts en Inde, l’un
d’eux s’est par exemple fait passer auprès de la BBC pour le
porte-parole de Dow Chemical, le groupe propriétaire de l’usine dont
s’est échappé le gaz mortel, et a annoncé à l’antenne que son employeur
reconnaissait sa responsabilité et offrait 12 milliards de dollars de
compensation à la région et à ses victimes. Dow Chemical n’a eu d’autre
choix que d’annoncer publiquement que la société ne ferait rien de tout
cela.
Avec un arsenal qui allie le virtuel et le
réel, la performance physique et la médiatisation, les Yes Men
distordent la rhétorique capitaliste en remplaçant le théorique et le
politiquement correct par des chiffres et des faits qui illustrent les
effets concrets du capitalisme mondialisé.
Le
documentaire de Chris Smith, Dan Ollman et Sarah Price porte sur une
série d’actions menées contre l’Organisation mondiale du commerce
(OMC). Une bonne partie du film tourne autour de la fabrication d’une
combinaison dorée dont s’échappe, quand on l’en libère, un pénis géant
en érection. Le vêtement était l’ancrage d’une performance en Finlande,
lors d’une conférence où Andy Bichlbaum et Mike Bobanno, fondateurs des
Yes Men, se faisaient passer pour deux cadres de l’OMC. Après une
introduction dans laquelle ils démontrent, chiffres à l’appui, la
supériorité en termes de rentabilité de la délocalisation de la
main-d’oeuvre dans le tiers-monde sur l’esclavage, Mike arrache le
costume de son collègue et découvre le phallus géant. Doté d’une caméra
en son extrémité, il permet aux chefs d’entreprise, pendant leurs
loisirs, de surveiller en permanence le travail dans leurs usines aux
quatre coins du monde.
Hilarante, cette intervention
accomplie avec le plus grand sérieux n’en est pas moins inquiétante par
l’absence de réaction qu’elle suscite dans le public d’élites
politiques et économiques qui y assiste, manifestement anesthésié par
le label OMC sous lequel se sont présentés les deux hurluberlus.
UN VRAI SPECTACLE
Selon
une forme simple et honnête, Yes Men suit ainsi, sans commentaire,
plusieurs de leurs interventions sur une période de quelques mois,
depuis la préparation jusqu’à la représentation finale. Un véritable
spectacle, dans lequel on se déguise, on joue le rôle d’un autre,
devant un public...
Ce film qui étudie une forme
d’action politique est par bien des aspects un documentaire sur le
travail d’acteur et invite à réfléchir sur les fins, les moyens et
l’efficacité de l’action politique dans une société hyper-médiatisée.
Obligés, pour continuer à duper le monde, de changer constamment
d’identité, de réinventer de nouvelles formes d’interventions, les Yes
Men posent des questions passionnantes, notamment sur l’opportunité ou
non d’utiliser les armes de l’ennemi.
Isabelle Regnier
Article paru dans l’édition du 30.03.05
> Yes men pour ma part je vous invite à lire cet article !
"The Yes Men" : la guérilla altermondialiste armée de canulars
LE MONDE | 29.03.05 | 17h05 • Mis à ...
par nacer
20/04 20h38
> Yes men "mais
j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"Elles sont
d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur ...
par shawford
20/04 20h31
> Yes men "mais
j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"Elles sont
d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur ...
par shawford
20/04 20h29
> Yes men "mais
j’aimerais que tu me pointes les inexactitudes de mon texte"Elles sont
d’une part dans la méprise des tenants et aboutisants de leur ...
par shawford
20/04 20h19
> Yes men Je
ne suis pas un spécialiste des Yes Men comme semble l’être
Shawford.Sans me renseigner avant de te commenter ( !) je trouve que
Moore a des r ...
par nantor
20/04 19h17
> Yes men "Ton
article est sympa mais il pêche par trop d’inéxactitude et surtout
d’amalgame "Que tu réfutes l’amalgame moore-yesmen je le con ...
par Psykotik
20/04 19h01
> Yes men Le
problème de Michael Moore est bien que ,comme vous le dites, il préfère
"l’émotion à la réflexion". En cela il fait du reportage télé "popula
...
par Dominique L
20/04 18h55
> Yes men Moore
peut/doit continuer son travail, par contre il serait bon que certains
plus qualifiés proposent des alternatives aux citoyens ainsi
"réveillés" ...
20/04 18h37
> Yes men Ton
article est sympa mais il pêche par trop d’inéxactitude et surtout
d’amalgame : il y a en effet une différence fondamentale entre Moor ...
par shawford
20/04 18h10
> Yes men Si
je résume le point de vue dominant : il faut que Moore devienne enfin
un clown sérieux. Fichtre ! Qu’il est parfois douloureux de parler d
...