<P><B>Une
conférence</B> phallique de l'Organisation mondiale du commerce ?
Non, le canular des Yes Men. Magistral ! Photo D. R.</P>
La mondialisation et ses grands enjeux en 40 films. Dont un canular explosif: l'américain "The Yes Men".
Avec la sixième édition du festival Attac, voilà le 7e
art engagé qui installe ses combats au coeur de notre temps. Enfant de
Michael Moore, Costa-Gavras ou Andrzej Wajda, ce cinéma-là a de la rage
à revendre. Jusqu'au 4 décembre, le Botanique, à Bruxelles, lui fait la
fête. Au total, une quarantaine de films, documentaires ou fictions qui
entendent s'attaquer aux méfaits de la mondialisation.
Au programme de ce rendez-vous des pellicules
altermondialistes, coorganisé par Libération Films et Attac
(Association pour une taxation des transactions financière et pour
l'aide aux citoyens), des classiques du genre et autres valeurs sûres,
tels que Le cauchemar de Darwin, Le couperet (Costa-Gavras), Déjà s'envole la fleur maigre (Paul Meyer) ou le récent Mondovino (documentaire sur les coulisses sanglantes du monde vinicole).
A côté de ces locomotives, quelques curiosités ou
inédits qui nous arrivent ou nous reviennent entourés d'un vent
favorable. Comme le documentaire de Fernando Solanas sur l'horreur
économique en Argentine (Mémoires d'un saccage). Comme le film aux relents (anti)berlusconiens de Francesca Comencini (Mi piace lavorare). Comme le documentaire belge de Marie-France Collard sur les représentations cathartiques au Rwanda de la pièce Rwanda 94
et sur les liens paternalistes que l'Occident entretient avec
l'Afrique. Comme, encore, la saga de Yousry Nasrallah sur l'histoire
controversée de la Palestine (La porte du soleil).
Les Etats-Unis ne sont pas en reste, avec quelques films qui font, sans grande surprise, la peau à l'administration Bush.
Parmi eux, il nous faut pointer le formidable documentaire de trois rejetons de Michael Moore. En signant The Yes Men, Dan Ollman, Sarah Price et Chris Smith utilisent un peu les mêmes recettes que celles de l'auteur de Fahrenheit 9/11.
Plutôt que de se résoudre à une longue et prévisible complainte sur les
méfaits de l'ultralibéralisme, le trio passe à l'attaque en conviant la
subversion, le canular militant et le happening humoristique. Le
résultat est sidérant.
Les Yes Men sont un groupe d'activistes qui utilisent
des caméras cachées pour mettre à l'épreuve le cynisme de
l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Leur génie ? La technique du
cheval de Troie. Pour contaminer l'ennemi, rien de tel que de le
copier. Et de s'introduire insidieusement dans sa maison. Les Yes Men
se font donc régulièrement inviter aux quatre coins du monde, pour
avoir créé un site internet qui prétend être celui de l'OMC.
Du coup, les voilà, en tant qu'ambassadeurs soi-disant
officiels de leur meilleur ennemi, donnant des conférences qu'ils
prennent un soin et un sérieux proprement machiavéliques à polluer de
messages choquants, histoire de provoquer la rébellion de leur
auditoire.
Recycler jusqu'à dix fois des déchets de burgers (des excréments, quoi) pour nourrir le tiers-monde ? Pourquoi pas !
Squatter le site internet de Bush afin de lui faire dire tout haut ce qu'il pense tout bas ? Allons-y !
Faire l'apologie de l'esclavage moderne en invitant
les patrons du monde occidental à revêtir une tenue velcro - et
phallique - qui permet de contrôler les moindres faits et gestes des
travailleurs ? Tope-la !
Le plus ahurissant ? Les auditeurs de l'OMC avalent
toutes ces propositions sans broncher ! Jusqu'à ce que les réalisateurs
activistes passent au happening ultime : le démantèlement de l'OMC
qu'ils annoncent lors d'une de leurs conférences à des patrons qui n'en
reviennent pas. Et qui commentent à chaud la nouvelle : C'est vrai, il était temps, pour le commerce mondial, de revenir à un peu plus d'humanité.
Ne ratez pas cet ovni ! Ni ceux dans son sillage.
Sixième Festival du cinéma d'Attac, jusqu'au 4
décembre, au Botanique, à Bruxelles. Infos : 02-217.48.47. Programme
complet sur www.bxl.attac.be.