Édimbourg (Grande-Bretagne),
envoyé spécial.
Depuis la manifestation au cours de laquelle 225 000
personnes ont réclamé du G8 l’éradication de la pauvreté, les masses,
vêtues de blanc et rassemblées à l’initiative des Églises, des ONG et
des syndicats, ont quitté Édimbourg, mais la ville et l’Écosse entière
fourmillent de mobilisations contre la réunion des chefs d’État qui
commence mercredi à Gleneagles.
« Les gens
ne sont pas fous »
Au cours d’un contre-sommet organisé dimanche par le
réseau G8 Alternatives, fortement contrôlé par le Socialist Worker
Party (SWP) et la coalition électorale Respect du député ex-labour
George Galloway, la plupart des orateurs ont dénoncé l’opération de
« détournement » de la campagne contre la pauvreté, conduite
par Bob Geldof, l’organisateur des concerts charity-business Live 8,
Tony Blair et son successeur désigné, le ministre de l’Économie, Gordon
Brown. « Les gens ne sont pas fous, a lancé George Galloway. Ils
risquent de
comprendre assez facilement ce qui se passe, voir clairement ce que cache l’hypocrisie de Blair et de son ami Bush. »
Lors d’une autre rencontre mise en place par les
organisations non gouvernementales (ONG) les plus contestataires, comme
War on Want et World Development, des centaines de participants ont
religieusement écouté des réquisitoires contre Shell au Nigeria ou
Coca-Cola en Inde. Les Yes Men, les imposteurs anti-OMC dont un film
sorti en France au printemps narre les exploits par le menu, sont
passés à Édimbourg, devant un auditoire conquis à l’avance, ridiculiser
l’univers des grandes multinationales.
Lundi matin, près de 1 500 pacifistes ont bloqué la
base militaire de Faslane, à l’ouest de l’Écosse, abritant des
sous-marins munis de têtes nucléaires. Dans une
ambiance festive, grâce à l’« armée
insurrectionnelle de clowns rebelles », la seule armée qui trouve
grâce à leurs yeux, les militants se sont éparpillés tout au long du
terrain militaire pour y rester toute la journée.
le « rendez-vous
de tous les dangers »
Pendant ce temps, à Édimbourg, un « carnaval du
plein-emploi », présenté depuis plusieurs jours par la presse
écossaise comme le « rendez-vous de tous les dangers » et
censé visiter toutes les entreprises responsables de la précarité
galopante, tournait court dans une ruelle de la ville. Une douche
écossaise pour ces quelques centaines de jeunes manifestants, dont une
cinquantaine de Français du réseau altermondialiste Vamos sur place
avec leur fanfare et une poignée d’autonomes scandinaves qui, encerclés
par la police, auront attendu plusieurs heures avant d’être libérés et
de repartir vers la ville, où un millier de personnes étaient encore
rassemblées hier en fin d’après-midi. Dans ce désordre et cet
éparpillement, seule la coalition antiguerre tire son épingle du
jeu : dimanche soir, alors que la nuit tombait, un petit millier
de pacifistes ont gravi la colline de Calton Hill et là, avec vue sur
le centre-ville et le port, ils ont passé plusieurs heures à énumérer
les noms des morts en Irak. De tous les morts : civils ou soldats,
irakiens, américains, britanniques, italiens, etc. Dans le ciel, les
nuages s’étaient amoncelés ; dans le vent, ces syllabes
s’enfuyaient au loin, pas si loin. À Gleneagles, où tous les fauteurs
de guerre se retrouvent...
* Parlement écossais. Après avoir protesté une
demi-heure, jeudi dernier, au Parlement écossais afin de faire valoir
le droit de manifester à Gleneagles même le jour de l’ouverture du G8
(mercredi 6 juillet), quatre députés du Scottish Socialist Party (SSP,
trotskiste) viennent d’être exclus de cette assemblée et leurs mandats
ont été suspendus pour une durée d’un mois. Sans précésent, cette
décision suscite l’émoi en Écosse et dans tout le Royaume-Uni, au-delà
des cercles étriqués de l’extrême gauche.
Thomas Lemahieu