L’affaire devrait prêter à sourire. Tout commence en décembre 2002 par
un canular envoyé à la Rédaction du mensuel gay & lesbien Têtu :
un courriel censé provenir du cabinet de M. Jacob, Ministre
délégué à la Famille. Ce message réagissait à un portrait du Ministre
publié peu de temps avant dans le quotidien Libération. Le but était manifestement de corriger l’impact de propos pour le moins maladroits (« On
ne va pas se laisser emmener sur trois trucs d’intellos gauchos,
poursuivait-il. La nouvelle famille, c’est pas d’être né d’une
partouze, comme j’ai entendu à la télé. »). Le faux conseiller
en communication a indiqué dans son courriel que cette phrase
malheureuse avait été notée par M. Jacob « au cours d’une réunion d’étude sur l’émission “C’est mon choix”, programme parmi les favoris du ministre ».
D’autres propos suivaient mais pour des raisons évidentes, ils ne
seront pas retranscrits ici. Rapidement, le canular a été révélé et Têtu ayant repris l’information sous la forme d’un brève sur son site Web publie aussitôt un démenti. Selon le magazine, la « brève incriminée n’aura été publiée en ligne que pendant quatre heures ».
Y aurait-il pour autant « injure publique »
envers ce respectable M. Jacob ? C’est ce que la justice
semble croire. En tout cas, c’est une question qu’elle se pose
sérieusement puisqu’elle estime nécessaire de mettre en examen Judith
Silberfeld, rédactrice en chef adjointe de Têtu, suite à une plainte déposée contre X l’année dernière par le Ministre.
Il va de soi que cet acte judiciaire n’est pas une
déclaration de culpabilité, mais cela semble dénoter d’une volonté de
judiciarisation des rapports entre certains politiques et la presse.
Sans aller jusqu’à penser que la Justice soit une violence et qu’elle
soit illégitime, on peut s’interroger sur l’opportunité de poursuivre
pénalement ce qui n’est qu’une erreur. Où est la faute ? Où est la
volonté de nuire ? Quel est le préjudice de notre cher
Ministre ? Juridiquement parlant, le retentissement de toute cette
histoire ne devrait pas faire date. Mais pourquoi alors saisir la
Justice ? Y aurait-il comme une sorte d’intimidation ? Ca y
ressemble à s’en méprendre.
Une mise en examen à « Têtu » (tetu.com)
Une journaliste de "Têtu" mise en examen (lemonde.fr)
Une journaliste poursuivie pour "injures publiques envers un membre du gouvernement" (Reporters sans frontières)