OMC
- Trois des quatre candidats à la direction générale de l'institution
ont répondu mercredi soir aux interrogations des organisations non
gouvernementales.
Encore un coup fumeux des Yes Men, ces imposteurs
médiatiques au service de l'altermondialisme? Non, ce sont bien trois
des quatre candidats1 à la direction générale de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC) qui ont poliment répondu mercredi soir, à
Genève, aux interrogations formulées par plusieurs ONG, Oxfam
International et Institute for Agriculture and Trade Policy en tête.
L'un de ces hommes sera désigné d'ici à la fin du mois de mai prochain
et succédera au Thaïlandais Supachai Panitchpakdi.
Après leur audition devant le conseil général de l'OMC et avant de
poursuivre leur campagne dans les salons cossus du Forum économique de
Davos, le Brésilien Luiz Felipe de Seixas Correa (ambassadeur à l'OMC),
le Mauricien Jaya Krishna Cuttaree (ministre des Affaires étrangères et
du Commerce) et le Français Pascal Lamy (ancien commissaire européen au
Commerce extérieur) ont fait halte à la Maison des associations. Au
menu, cinq questions écrites ayant trait au rôle du directeur général;
à la transparence et à la responsabilité de l'organisation; à la
nécessité de concilier les règles du commerce mondial avec les normes
internationales du travail, les droits humains, l'environnement et la
diversité culturelle; aux relations entre OMC et multinationales; et,
enfin, à la libéralisation de l'agriculture.
VIVE LA SOCIETE CIVILE!
Pour les trois candidats, le pouvoir du directeur général est et
restera limité, car suspendu au bon vouloir des Etats membres,
eux-mêmes contraints de chercher un consensus. Il n'existerait donc pas
de dirigeant providentiel capable de faire aboutir les négociations
grâce à sa seule influence.
«La transparence de l'OMC à l'égard de la société civile s'est
considérablement améliorée depuis 1999 et la conférence de Seattle», a
affirmé M. Lamy, qui aurait les faveurs des Etats-Unis et de l'Union
européenne, mais pas celles de Jacques Chirac, qui juge ce socialiste
trop libre-échangiste2. Pour Luiz Felipe de Seixas Correa, une bonne
présidence et des efforts de communication sont les moyens de renforcer
la transparence.
Jaya Krishna Cuttaree – soutenu par les pays du groupe
Afrique-Caraïbes-Pacifique – a insisté sur le rôle de la société
civile, «en particulier un mouvement syndical fort», pour que
l'ensemble des droits sociaux et culturels soient garantis dans le
processus actuel de libéralisation. Soulignant le devoir des
gouvernements nationaux d'écouter les revendications des ONG. «Il
serait faux d'aborder des sujets comme les normes internationales du
travail à l'OMC», a-t-il complété. «Si la libéralisation du commerce
peut avoir des effets néfastes sur l'ensemble de ces droits, le
protectionnisme aussi», a résumé M. de Seixas Correa, qui pourrait être
le candidat du G20, dont son pays est le leader avec la Chine et
l'Inde.
LE CAS DE L'AGRICULTURE
Si M. Cuttaree s'est montré réservé sur les bienfaits de la
libéralisation de l'agriculture pour les pays en développement, M.
Seixas de Correa y voit la possibilité d'éliminer certaines
distorsions, comme les exportations du Nord vers le Sud réalisées à
l'aide de subventions. Pascal Lamy, de son côté, se veut rassurant:
«L'OMC ne s'est pas donné pour mandat de libéraliser entièrement ce
secteur, seulement de l'ouvrir davantage qu'il ne l'est actuellement.»
Note :
1Ne manquait que l'Uruguayen Carlos Perez del Castillo, ancien ambassadeur à l'OMC.
2Libération du 25 janvier 2005.