Quotidienne
par Pierre MARCELLE
QUOTIDIEN : jeudi 09 février 2006
Donc, mardi, entre République et Cirque d'hiver, fonçant plein pot et à contresens vers la tête de manif, un podium à roulettes et portail dont l'allant kamikaze interloque les services d'ordre. Des jeunes gens affublé(e)s de nez rouges le poussent à bras ; enchaîné crucifié dessus, sous la devise «L'esclavage forme la jeunesse», un autre, que ses acolytes torturent, est soumis au martyre de ce «FlexiFormator». Ainsi la Brigade activiste des clowns, proclamée en mai 2005, investit-elle les cortèges. Enfant tricolore de la Clowns Army qui hapeningue outre-Manche, inspirée par les activistes de Reclaim the Streets et les Yes Men anglo-saxons et altermondialistes, la BAC essaime en province sous diverses et pittoresques appellations GIGN à Lyon, CRS à Clermont, etc. , et recrute activement sur son site Brigadeclowns.org. Sous les perruques rose et vert, ces têtes pensent. Funambules d'une ligne tendue entre le désespoir et la dérision, elles signifient à des foules «bon enfant» sans agressivité, mais avec la cruauté de l'évidence les limites de l'arpentage de boulevards, et les bonheurs simples de l'anarchie crypto-situationniste. Ainsi, mardi, égayèrent-elles le Bastille-Richelieu marchant contre le cynique CPE. Résolument calé dans leur sillage et bientôt insoucieux du nombre de manifestants (au moins étaient-ils vivants, et c'était déjà et toujours ça de pris), on évaluait avec curiosité leur impact sur la jeunesse étudiante a priori, un très bon public. Il fut réel, sans doute, et tant de rires et sourires à l'endroit de ce théâtre de rue représentant la farce tragique de la barbarie libérale aurait dû nous réjouir. Ce qui advint, d'abord, avant de s'entacher de ce malaise moderne dont témoignèrent bientôt des centaines de téléphones portables brandis vers la BAC pour un hommage de pixels. En place de mots et d'une fraternisation désirée, des clics et des flashs. Et dans la furie consumériste sembla soudain se perdre le sens des slogans et du combat. Coup de blues, là...
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