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L'OMC dans le collimateur des militants antimondialisation

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est parasitée par la prolifération de sites Web imitant le sien. En octobre 2000, les Yes Men, des activistes antimondialisation, ont réussi à se faire passer pour des représentants de l’OMC afin d’en dénoncer les méfaits.

Mis à jour le lundi 29 janvier 2001


Ils sont environ trois cents imposteurs dans le monde. Ce sont les Yes Men. Leur but : la subversion généralisée ! Leurs armes : des imitations de sites Web officiels, copiant le graphisme des originaux pour mieux les détourner. Leur dernier fait d’armes a fait trembler un des plus puissants organismes mondiaux : en mars 2000, les Yes Men sont chargés du service de messagerie du site gatt.org - un site pirate qui exprime sans fard les objectifs de l'OMC.

Ils reçoivent en mai un courrier du Center for International Legal Studies, à Salzbourg, Autriche, demandant si Mike Moore - le président de l'OMC – accepterait de participer à une conférence. Sans se dégonfler, les Yes Men répondent que Mike Moore ne peut venir, mais qu’un remplaçant peut faire le déplacement. Un certain Dr Andreas Bichlbauer est inscrit comme orateur à la conférence.

Le 27 octobre, accompagné d'un garde du corps et d'un caméraman, le Dr Bichlbauer arrive. Il fait un exposé alarmiste sur les dangers menaçant le libre-échange. Il surprend et choque son auditoire. « Nous savons que la démocratie n’est rien d’autre que la participation du plus grand nombre de consommateurs possible au bon fonctionnement du gouvernement et de l’économie, dit-il. Il s’ensuit donc nécessairement que la consommation est la forme ultime de démocratie. »

Personne ne réagit à ces propos volontairement provocants. Parodiant le discours ultra-libéraux, le Dr Bichlbauer enfonce alors le clou : « Les Congrès, les Parlements, les Assemblées nationales sont des vecteurs d’inefficacité, proclame-t-il. Mais le secteur privé apporte des solutions indéniables à cette improductivité générée par les institutions soi-disant démocratiques. Les cultures locales, par exemple, empêchent le développement du libre-échange. Les siestas en Italie, les horaires de repas en France, etc. Il faudrait tout standardiser ! » Murmures dans l’assistance. L’auditoire s’émeut plus de ces « allusions racistes » que du contenu du discours lui-même…

A ces protestations timides, le Dr Bichlbauer répond qu'il tient seulement un discours « plus franc » que les communiqués habituels de l'OMC, rien de plus. Puis il s’éclipse rapidement. L'organisateur de la conférence s’étonne, demande des explications au comportement étrange de Bichlbauer. Les Yes Men lui répondent que celui-ci a été entarté à la sortie de la conférence, et qu’il est décédé à cause d'une infection virale contractée au contact de la tarte... Consternation ! On soupçonne un meurtre.

Les imposteurs envoient un courrier à tous les participants pour mener l’enquête sur d’éventuels suspects : « Avez-vous remarqué de violentes réactions dans l’assistance pendant le discours du Dr Bichlbauer ? » L’enquête est menée, jusqu’à la découverte de la vérité : c’était un gag !

Pour les Yes Men, l’opération est un succès. Car leur but, ils le répètent, consiste à « faire mieux connaître les abus des sociétés commerciales envers la loi et la démocratie. » Ils mènent une guerre contre le libéralisme sauvage. Sur Internet, les pirates multiplient leurs actions, décryptant les discours officiels, dénonçant les mensonges. Adeptes du soft(ware)-terrorisme, ils se battent à coup de copies truquées.

Agnès Giard

Lien: http://www.theyesmen.org/wto/



 

 

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