Ils sont environ trois cents imposteurs dans le monde. Ce sont
les Yes Men. Leur but : la subversion généralisée ! Leurs armes :
des imitations de sites Web officiels, copiant le graphisme des
originaux pour mieux les détourner. Leur dernier fait d’armes a fait
trembler un des plus puissants organismes mondiaux : en mars 2000,
les Yes Men sont chargés du service de messagerie du site gatt.org -
un site pirate qui exprime sans fard les objectifs de l'OMC.
Ils reçoivent en mai un courrier du Center for International
Legal Studies, à Salzbourg, Autriche, demandant si Mike Moore - le
président de l'OMC – accepterait de participer à une conférence.
Sans se dégonfler, les Yes Men répondent que Mike Moore ne peut
venir, mais qu’un remplaçant peut faire le déplacement. Un certain
Dr Andreas Bichlbauer est inscrit comme orateur à la conférence.
Le 27 octobre, accompagné d'un garde du corps et d'un caméraman,
le Dr Bichlbauer arrive. Il fait un exposé alarmiste sur les dangers
menaçant le libre-échange. Il surprend et choque son auditoire. «
Nous savons que la démocratie n’est rien d’autre que la
participation du plus grand nombre de consommateurs possible au bon
fonctionnement du gouvernement et de l’économie, dit-il. Il
s’ensuit donc nécessairement que la consommation est la forme ultime
de démocratie. »
Personne ne réagit à ces propos volontairement provocants.
Parodiant le discours ultra-libéraux, le Dr Bichlbauer enfonce alors
le clou : « Les Congrès, les Parlements, les Assemblées
nationales sont des vecteurs d’inefficacité, proclame-t-il. Mais le
secteur privé apporte des solutions indéniables à cette
improductivité générée par les institutions soi-disant
démocratiques. Les cultures locales, par exemple, empêchent le
développement du libre-échange. Les siestas en Italie, les
horaires de repas en France, etc. Il faudrait tout standardiser !
» Murmures dans l’assistance. L’auditoire s’émeut plus de ces «
allusions racistes » que du contenu du discours lui-même…
A ces protestations timides, le Dr Bichlbauer répond qu'il tient
seulement un discours « plus franc » que les communiqués
habituels de l'OMC, rien de plus. Puis il s’éclipse rapidement.
L'organisateur de la conférence s’étonne, demande des explications
au comportement étrange de Bichlbauer. Les Yes Men lui répondent que
celui-ci a été entarté à la sortie de la conférence, et qu’il est
décédé à cause d'une infection virale contractée au contact de la
tarte... Consternation ! On soupçonne un meurtre.
Les imposteurs
envoient un courrier à tous les participants pour mener l’enquête
sur d’éventuels suspects : « Avez-vous remarqué de violentes
réactions dans l’assistance pendant le discours du Dr Bichlbauer ?
» L’enquête est menée, jusqu’à la découverte de la vérité :
c’était un gag !
Pour les Yes Men, l’opération est un succès. Car leur but, ils le
répètent, consiste à « faire mieux connaître les abus des
sociétés commerciales envers la loi et la démocratie. » Ils
mènent une guerre contre le libéralisme sauvage. Sur Internet, les
pirates multiplient leurs actions, décryptant les discours
officiels, dénonçant les mensonges. Adeptes du
soft(ware)-terrorisme, ils se battent à coup de copies truquées.
Agnès Giard
Lien: http://www.theyesmen.org/wto/